Tome II — Rituels & Cristaux
Chapitre 15
Samhain — un rituel doux pour la saison où l'on rentre

Un rituel de Samhain n'a rien de spectaculaire. C'est un soir d'automne où l'on rentre, où l'on allume une flamme, et où l'on regarde enfin ce que l'année a laissé entre nos mains.
Samhain, la nuit où l'année bascule
Chez les peuples celtes, l'année ne s'achevait pas en décembre. Elle se refermait à la fin d'octobre, quand les dernières récoltes étaient rentrées et que les troupeaux redescendaient vers les fermes. Samhain marquait ce passage : la fin de la saison claire, le début de la saison sombre.
On allumait de grands feux sur les collines. On disait qu'en cette nuit-là, le voile entre les mondes devenait plus mince, et que ceux qui nous avaient précédés passaient un peu plus près. Plus tard, la Toussaint s'est installée sur ces mêmes dates, et Halloween en a gardé quelques échos, déguisés et bruyants.
Ce qui nous intéresse ici n'est ni la peur, ni la fête. C'est le seuil. Ce moment précis où une saison se termine et où l'on choisit, doucement, ce que l'on emporte dans la suivante.
Ce que la saison nous demande
L'automne ne nous demande pas d'aller plus vite. Il nous demande de rentrer.
Les jours raccourcissent, la lumière quitte les rues pour venir habiter les maisons. On ressort les plaids. On allume plus tôt. Tout invite à se replier, et ce repli n'a rien d'un recul : c'est la terre qui garde ses graines au chaud avant de les laisser germer.
Les alchimistes appelaient œuvre au noir la première étape de toute transformation, celle où la matière se défait avant de pouvoir renaître. La philosophie du Temple part de là : l'obscurité n'est pas l'ennemie de la lumière. Elle en est le berceau.
Samhain ne demande pas d'avoir peur du noir. Seulement d'y allumer quelque chose.
Un rituel de Samhain, en quatre temps
Il te faut peu de choses : une flamme, un papier, un stylo, et une demi-heure où personne ne t'attend. Choisis un soir autour du 31 octobre, ou n'importe quel soir de ces semaines-là. Le calendrier compte moins que ton intention.
Garde le premier papier. Tu pourras le relire au solstice d'été, quand la lumière sera revenue, pour voir ce que tes graines sont devenues.
Et comme pour toute flamme : ne la laisse jamais sans surveillance, et attends qu'elle soit éteinte et refroidie pour ranger ton autel.
Si la saison est lourde
Pour certaines d'entre nous, ces semaines-là ne sont pas douces. La Toussaint ramène des visages, des dates, des absences. Les soirées qui raccourcissent pèsent davantage quand la maison est trop silencieuse.
Si c'est ton cas, ce rituel n'a rien à réussir. Tu peux t'arrêter à la flamme. Tu peux ne rien écrire du tout. Tu peux simplement t'asseoir près de la lumière et laisser la tristesse être là, sans lui demander de partir.
Honorer ceux qui nous manquent, ce n'est pas rouvrir la blessure. C'est leur garder une place à la lumière.
Les objets du passage
Un rituel n'a besoin d'aucun objet. Mais certains accompagnent la saison mieux que d'autres, parce qu'ils en portent les images.
Et si la lune est pleine autour de Samhain, tu peux prolonger le geste avec un rituel de pleine lune : les deux se répondent très bien.
L'année ne s'arrête pas. Elle rentre, elle aussi, pour mieux revenir.
Une flamme pour la saison sombre.
Pour rentrer, et garder la lumière à l'intérieur.

